Appel urgent au Président afin qu’il nomme sans délai une équipe pour le dialogue avec la Papouasie

 PAPUA PEACE NETWORK (Jaringan Damai Papua – JDP)

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Communiqué de presse

Appel urgent au Président afin qu’il nomme sans délai une équipe pour le dialogue avec la Papouasie

Nous lançons un appel urgent au Président Susilo Bambang Yudhoyono afin qu’il nomme sans délai les membres d’une équipe de dialogue pour intensifier le dialogue avec les parties prenantes en Papouasie et à Djakarta. La formation d’une équipe de dialogue est devenue une nécessité urgente et indispensable pour mettre un terme aux fusillades qui ont eu lieu récemment en Papouasie.

Le président Yudhoyono devrait pour cela choisir des personnes dont l’intégrité personnelle est reconnue au niveau national. Il convient également que les membres d’une telle équipe aient la confiance de la communauté internationale ainsi que celle des communautés autochtones papoues. Il n’est néanmoins pas nécessaire d’impliquer des Papous autochtones dans l’équipe indonésienne.

En l’absence d’une équipe de dialogue, l’engagement et la bonne volonté du gouvernement à dialoguer ouvertement avec le peuple papou seront mis en question par plusieurs parties, et il sera également difficile d’empêcher que d’autres fusillades n’aient lieu en Papouasie

L’équipe de dialogue pourrait travailler avec des groupes pertinents en Papouasie et à Djakarta pour faciliter les rencontres avec les parties prenantes et formuler des solutions stratégiques à divers problèmes, y compris des mesures pour empêcher d’autres fusillades en Papouasie.

Selon mes calculs, de janvier jusqu’à la fin du mois de mai 2012, il y a eu dix-sept (17) fusillades en Papouasie. Il s’agit d’une moyenne de trois incidents par mois.

Ces fusillades attireront l’attention de la communauté internationale d’autant plus que lors d’un des incidents les plus récents, un ressortissant allemand nommé Pieter Dietmar Helmut (55 ans) était la victime d’une fusillade par des personnes inconnues. Cette affaire va sans doute attirer l’attention car elle ne s’est pas produite dans une petite ville accessible seulement par avion léger, ou dans un village éloigné. La fusillade n’a pas eu lieu non plus, au fin fond de la jungle ou au sommet d’une montagne élevée. La fusillade de ce ressortissant allemand a eu lieu dans la ville de Jayapura, capitale de la province de Papouasie, et à 400 mètres seulement d’un poste de police.

 

Il s’agit là de la première fusillade d’un étranger en Papouasie. Autant que je sache, dans toute l’histoire du peuple papou, aucun Papou n’a jamais tué un Occidental sur sa terre ancestrale, la Papouasie. Par conséquent, la police se doit de trouver sans délai l’auteur de cette fusillade.

 

Il est impératif que les affaires concernant ces fusillades – aussi bien celles touchant des étrangers que des Indonésiens – soient menées à terme, ne fût-ce que pour donner un sentiment de justice aux victimes et à leurs familles. Par conséquent, les membres de la police qui se sont engagés à identifier les auteurs des fusillades, impliquant une victime allemande et d’autres victimes indonésiennes, ont mon soutien le plus complet.

 

Il va de soi que ces fusillades entravent tout effort de la part de la société civile en Papouasie en vue de faire de la «Papouasie une Terre de Paix». Le fait est que ces incidents pourraient même faire disparaitre tout espoir que la paix revienne en Papouasie.

 

A cause de ces fusillades, les Papous pourraient aussi remettre en question les efforts pour parvenir à un dialogue entre Djakarta et la Papouasie ; efforts qui sont actuellement déployés en Papouasie, à Djakarta et même à l’étranger.

 

Les Papous pourraient en venir à douter de la volonté et de l’engagement du gouvernement du président Yudhoyono pour régler la situation en Papouasie par la voie d’un dialogue ouvert. Ils voient, d’une part, que le président Yudhoyono s’est engagé à remédier à la situation en Papouasie par un dialogue ouvert. Mais, d’autre part, les fusillades continuent à se produire.

 

Par conséquent, il est impératif que le gouvernement non seulement réfléchisse à des moyens de résoudre ces fusillades qui ont déjà eu lieu. Mais surtout, je considère que le gouvernement doit réfléchir aux mesures à prendre pour prévenir de tels incidents afin que les gens puissent vivre en paix dans l’avenir.

 

Je ne vois pas ces fusillades comme le problème lui-même, mais comme une conséquence du problème. Ces fusillades ne sont que de la fumée et il n’y a pas de fumée sans feu ; le feu étant les questions papoues qui n’ont pas encore été résolues d’une manière approfondie et exhaustive. Le gouvernement ne devrait donc pas miser tous ses efforts uniquement pour faire disparaitre la fumée, sans prendre soin de l’incendie lui-même, qui est la cause sous-jacente du problème.

 

Les fusillades ont très certainement été déclenchées par des causes bien précises. Tant que ces causes sous-jacentes, ainsi que des solutions durables à ces causes, n’auront pas été identifiées, les fusillades continueront à se perpétuer en Papouasie. De sorte que, à mon avis, si l’intention est vraiment d’éviter de nouvelles fusillades, les causes sous-jacentes ainsi que leurs solutions doivent être identifiées.

 

Cela signifie que le gouvernement doit se rendre compte que la prévention de ces incidents n’est pas seulement du ressort de la police. Des parties autres que la police doivent également être impliquées dans les efforts visant à empêcher que de nouvelles fusillades ne se produisent en Papouasie.

 

Pour ma part, il y a neuf groupes qui devraient être impliqués dans ces efforts visant à prévenir les fusillades en Papouasie. Ces groupes sont: les Papous autochtones, les habitants de la Papouasie (y compris les associations de groupes ethniques vivant en Papouasie), le gouvernement local aux niveaux des districts et des provinces, la police nationale, les forces armées indonésiennes, le gouvernement central, les entreprises impliquées dans l’extraction des ressources naturelles en Papouasie, les membres de la guérilla papoue, connue sous le nom de l’armée de libération nationale / Mouvemement de libération papou (Tentara Pembebasan Nasional / Organisasi Papua Merdeka – TPN / OPM), et les Papous de la diaspora, vivant à l’étranger (Papouasie-Nouvelle-Guinée, Pays-Bas, Australie, Vanuatu).

 

Chaque groupe devrait avoir la possibilité de se rencontrer, de discuter et de formuler leurs points de vue collectifs sur les indicateurs pour faire de la “Papouasie, une Terre de Paix”, les problèmes qui doivent être adressés pour ramener la paix en Papouasie, et leurs opinions sur les solutions envisageables. Les points de vue collectifs de chaque groupe formeront une contribution aux discussions lors du dialogue entre Jakarta et la Papouasie.

 

En raison de l’importance d’impliquer tous ces groupes, des efforts accrus sont requis pour s’engager avec chacune de ces neuf parties. Un tel engagement, une fois pris, devrait être porté par une équipe solide, jouissant de la confiance d’un grand nombre. Cette équipe pourrait agir comme un facilitateur pour les réunions de chacun de ces groupes.

 

Abepura, le 4 juin 2012.

 

Dr. Neles Tebay

Recteur, École de philosophie et de théologie de Fajar Timur, Abepura

et Coordonnateur, Réseau Paix pour la Papouasie

 

 

 

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